Sur cette page, après la présentation vidéo ci-dessus, vous trouvez :

  • La précocité intellectuelle abordée à travers le prisme des émotions
  • Présentation du blog: précocité.fr
  • Le petit écrit bleu de la précocité intellectuelle (Texte en cours d’écriture…)

 

La précocité intellectuelle abordée à travers le prisme des émotions

Un à priori profondément ancré vient troubler la compréhension de ce qu’est la “Précocité intellectuelle” c’est celui du prima de l’intelligence. Certains vont même jusqu’à la notion d’intelligence émotionnelle… du coup tout se brouille. Comment les désigner: “Surdoues”, “hp”, “précoces”, “apies”, “enfants actuels”…?

Psychologue clinicien « spécialisé en précocité intellectuelle », je vous propose l’originalité de ma lecture, en m’appuyant sur des années d’accompagnement d’enfants et d’adultes dits « Intellectuellement Précoces ». En effet, les personnes qui viennent consulter un psychologue spécialiste de la précocité intellectuelle, ne viennent pas pour des problèmes d’intelligence, mais pour des problèmes de gestion de leurs émotions.

(Notons d’emblée que toutes ces personnes démentent l’idée d’une “supériorité” des personnes dites “intellectuellement précoce”. Il s’agit d’une différence, dont les conséquences peuvent être avantageuses ou inhibantes).

Cet article vise à donner des pistes de réflexion sur la précocité intellectuelle, en partant d’un prima de l’émotion (cf A.R.DAMASIO) et non d’un prima de l’intelligence. Autre regard, autre lecture, autre approche, autre compréhension, autre acceptation…

Après quelques données générales et fondamentales, nous montrerons un exemple de retombée concrète de ces éléments sur le travail du psychologue.

De façon à entrer dans le vif du sujet, étant “précoce” à dominante hémisphère droit, je vais vous emmener visiter quelques considérations indépendantes, puis je les mettrai en corrélation. Ainsi j’espère que vous serez à même de mieux cerner le sujet. Comme il se doit, ce mode de présentation prendra sens et cohérence au fur et à mesure de son exposé.

1) Qu’est que la dominante hémisphère droit ?

Ned HERMANN, s’appuyant sur les travaux de Roger Wolcott SPERRY (prix nobel 1981) distingue deux façons d’organiser intellectuellement le monde, ceci en fonction de l’hémisphère traitant les informations. Cette différenciation concerne uniquement le mode de raisonnement et non les modes émotionnels ou moteurs.

En résumé, on peut considérer que pour la majorité des individus l’hémisphère gauche va traiter majoritairement les informations. En ce cas, le traitement se fera par étape, point après point, marche après marche. La personne traitera une information jusqu’au bout puis passera ensuite à une autre information. La personne à dominante hémisphère gauche est ainsi très adaptée au système scolaire.

La personne a dominante hémisphère droit, procède autrement. On parle d’intelligence globale, elle collecte de multiples informations dans tous les sens, les met en réseau, elle ne fonctionne pas en escalier mais en arborescence. Son cerveau a besoin de temps pour trier, mettre en relation et réorganiser l’ensemble des informations collectées. Sa dominante est intuitive, souvent elle sait, sans savoir pourquoi ou comment elle sait.

Nous mettrons en relation précocité intellectuelle et préférence hémisphérique un peu plus loin.

2) A.R.Damasio :

Antonio R. Damasio (Lisbonne, Portugal, 1944) est professeur de neurologie, neurosciences et psychologie. Il est le directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité de l’Université de la Californie méridionale (University of Southern California) depuis 2005, après avoir été le directeur du département de neurologie de l’Université de l’Iowa pendant 18 ans. Il est également professeur adjoint au Salk Institute d’études de La Jolla et écrivain (Wikipédia).

Incontournable! Quelle vision! A le lire le questionnement s’intensifie en permanence… Les émotions d’abord, les émotions déclenchant directement certains comportements. L’intelligence accessible quand les émotions lui en laissent la possibilité. Quelle révolution, car cela remet en cause la notion de mécanisme de défense…

Il est évident que nous n’avons pas accès au monde, mais à l’interprétation que notre cerveau en fait. Jusqu’à A.R.DAMASIO beaucoup pensaient que cette interprétation reposait sur une compréhension du monde, sur l’intelligence. Nous voici maintenant avec un prima des émotions, d’abord, nous ressentons le monde. Le symptôme peut alors être considéré comme le révélateur d’un dysfonctionnement dans la régulation homéostatique du circuit émotionnel. Pour faire simple, un blocage dans la résolution de l’émotion déclenche automatiquement une manifestation (non-adaptée) que nous nommons “symptôme”. Ainsi, non seulement le symptôme n’a pas de sens, mais en plus il vient compliquer la vie de la personne et donc augmenter son angoisse !

En matière de re-penser l’ensemble de la psychologie, les travaux de A.R.DAMASIO sont une révolution.

3) La précocité intellectuelle :

  1. a) Un peu de neurologie :

– le cerveau est un passionnant enchevêtrement d’une centaine de milliards de neurones. Ce sont de petits fils électriques. Il est possible de mesurer la vitesse du courant dans le cerveau, cela s’appelle la vitesse de conduction neuronale. Normalement, chez l’être humain typique (neuro-typique) la conduction se fait entre 2 et 100 m/s en fonction du diamètre du neurone. Les travaux de REED et JENSEN, (1992) ont montré que dans le cas des précoces, la vitesse de conduction neuronale est plus élevée (d’où le traitement de plus d’informations sur le même laps de temps). (D’où ma préférence pour le terme de “précoce”, nous interprétons le monde un peu plus précocement que les neuro-typiques…)

– Les travaux de GRUBAR (1997) et HUON (1981) montrent que les précoces bénéficient d’un temps de sommeil paradoxal plus long que celui des neuro-typiques. Le sommeil paradoxal correspond à une “révision” automatique du cerveau et c’est un élément fondamental de la plasticité cérébrale (JOUVET, 1972).

– Le seuil d’activation : Pour le Professeur S.CLARK, du département de neuropsychologie, CHUV-Lausanne, le seuil d’activation du cerveau dépend du rapport entre l’intelligence du sujet et le niveau de difficulté de la tâche proposée. Il constate que lorsque les demandes d’attention et de performances augmentent, les régions du cerveau impliquées dans une tâche sont plus nombreuses. Beaucoup de précoces ont un seuil d’activation très élevé.

Voilà pour les notions de base… Il ne reste plus qu’à les combiner.

  1. b) Préférence hémisphérique et précocité :

L’expérience de terrain montre que l’immense majorité des précoces disposent d’une préférence hémisphérique droite. Ceci étant posé, les fameux “surdoués” seraient les “précoces-cerveau gauche”. Il serait intéressant de mener des études afin de chiffrer ces pourcentages.

Autant il peut être logique pour un neuro-typique “cerveau droit” d’être en échec scolaire, autant il est marquant de constater que nombre de “précoces-cerveau droit” sont, soit dans la moyenne, soit bons élèves. Ceci implique qu’ils adaptent en permanence leur mode de pensée à ce qui est proposé… En cela, ce sont des surdoués qui s’ignorent…

Bien entendu, si au niveau affectif, une perturbation apparaît, il devient quasiment impossible pour le “précoce-cerveau droit” d’opérer la traduction hémisphérique nécessaire.

D’un point de vue pédagogique beaucoup de travaux ont été menés et sont à continuer, l’autonomisation massive des “précoces-cerveau droit”, (leur laisser la possibilité de trouver leurs propres médias et méthodes d’apprentissage), dans les classes pouvant être une réponse porteuse de projet.

  1. c) Seuil d’activation et précocité :

La notion de seuil d’activation répond toute seule à moult décalages dans le comportement des précoces, face à beaucoup de problèmes ou de questionnements, le cerveau ne se mobilise pas, ce qui peut aller jusqu’à des comportements évoquant plutôt des déficits intellectuels… Souvent le saut de classe est la seule réponse adaptée, notamment en cas d’échec scolaire massif. Ceci n’est pas toujours tout à fait compris…

  1. d) Enfin et surtout :

Combiner la neurologie générale et les travaux de A.R.DAMASIO, nous permet d’envisager l’accompagnement des précoces par le biais de l’hyper-émotionnalité. “Trop sensibles pour être heureux”, pourrait être une explication. Sauf que, heureusement, l’approche de la précocité par les émotions permet de dénouer les peurs et autres blocages émotionnels inhibant les précoces “malheureux“. A partir du moment ou le fonctionnement émotionnel se fluidifie, l’intelligence devient accessible et la personne peut enfin vivre sa précocité comme une chance de vraiment ressentir pleinement le monde.

4) Exemple d’application :

Pour clore cet article, voici un exemple d’application: Le test de QI (WISC IV)

L’expérience de terrain permet l’intuition d’une mise en relation entre le chiffre de QI et la vitesse de conduction neuronale. C’est un terrain de recherche à explorer…

Rappelons que ce test mesure des potentialités et non leur utilisation. Il s’agit donc de permettre au testé de manifester ses potentialités et pour cela la mise en confiance et la qualité de l’ambiance de la passation vont être déterminantes.

– La confiance : Spontanément, le précoce ne fait confiance à personne. Souvent il est très doué pour faire croire en une bonne relation, alors qu’en fait il teste en permanence le psychologue ou qu’il l’a catalogué comme personne inintéressante depuis longtemps. Rappelons que la plupart des précoces ne reconnaissent pas l’autorité et n’acceptent que la compétence. Il est donc fondamental que l’enfant ressente notre professionnalisme et notre aisance dans ses caractéristiques. En général plusieurs entretiens sont nécessaires pour établir quelque chose qui se situe, non dans la confiance, mais dans la reconnaissance d’une acceptation de compétences.

– l’ambiance : Le psychologue se doit d’être extrêmement présent et inventif de façon à permettre à l’enfant d’accepter de faire montre de ses potentialités. L’humour et les pirouettes langagières sont fort appréciées en ces moments, ainsi que les petites attentions montrant le souci que le psychologue a du bien-être de l’enfant. Bien entendu, face à un hyper-émotif, le psychologue doit être complètement détendu, la moindre tension du psychologue bloquant l’enfant.

Beaucoup de collègues me diront, à juste titre que ces conditions s’appliquent à tous les enfants. Ils ont raison. Il faut juste savoir que si la vigilance n’est pas grande sur ces deux aspects, les résultats au test peuvent varier jusqu’à 80 points(c’est rare, mais cela existe)… En effet, plus la précocité est élevée, plus l’hypersensibilité est envahissante, plus l’enfant se bloquera facilement. Ainsi, j’ai reçu des enfants testés (depuis plus de deux ans) avec des QI dans la moyenne ou inférieurs, possédant toutes les caractéristiques émotionnelles des précoces (j’ai plein d’outils pour évaluer cela). Après un travail de fond et la récupération d’une aisance et d’une fluidité émotionnelle, un test de QI était pratiqué… Le même enfant passait d’un QI de 90 à 145… Une fois il passa même de 73 à 156…

5) En guise de conclusion :

A travers ces lignes, nous avons montré quelques aspects de la précocité intellectuelle. Le lecteur aura peut-être été surpris par cet abord marqué par la place laissée aux émotions, si loin du poids habituel de l’intelligence. Quelque soit leur âge, les précoces que j’ai accompagné ont été très réactifs à ce positionnement de prima de l’émotion.

Bien entendu limiter cet abord aux seuls précoces serait terriblement restrictif, aussi, j’espère que cette lecture donnera à certains l’envie de l’approfondir dans la prise en charge de neuro-typiques.

 

 

Présentation du blog :précocité.fr

 

 

Manon :  » Qui est l’auteur de ce blog ? »

Bernard Sensfelder :  » Nous sommes deux personnes qui réalisons ce site. Delphine Gouteux qui rédige et met en forme le contenu et, moi-même Bernard Sensfelder, psychologue spécialisé en enfants précoces qui apporte les idées de base. »

Manon : « Comment peut-on faire pour poser une question ? »

Bernard Sensfelder : « On ne peut pas poser de questions. Les enfants qui posent des questions dans ce blog sont des enfants imaginaires, ils sont inspirés par ceux, bien réels, qui viennent me consulter à mon cabinet. »

Manon : « Tu veux dire que je n’existe pas ! Merci, c’est agréable. On ne peut pas laisser de commentaires non plus ? »

Bernard Sensfelder : « Non, on ne peut pas laisser de commentaires. C’est un choix de départ. En fait, nous voulions écrire un livre sur les enfants précoces et nous avons trouvé beaucoup plus simple de rédiger celui-ci sur Internet. Ainsi il était plus facilement disponible et accessible aux enfants. C’est certain que beaucoup de visiteurs aimeraient poser des questions mais c’est impossible d’apporter une réponse sérieuse sans rencontrer réellement la personne et nous ne pouvons pas répondre à tous les appels au secours, faute de temps. »

Manon « C’est pas un truc pour se faire de la pub finalement ? »

Bernard Sensfelder : « Tu trouves ? Moi aussi de temps en temps et ça me gène. Mais bon, pas facile de parler des précoces sans parler de ma vision du problème et du travail que je réalise avec eux. »

Manon : « Ceci dit, il n’y a pas tes coordonnées sur le blog, c’est voulu ? Où peut-on te joindre ? »

Bernard Sensfelder : « Je suis dans l’annuaire. »

Manon : « Bon, à quoi sert ce blog alors ? »

Bernard Sensfelder : « Souvent je donne l’adresse à mes patients et aux personnes qui sont sur liste d’attente. Cela leur donne pas mal de pistes de réflexion et d’informations pour commencer. Ça permet également de voir si la personne accroche sur ma façon de voir les choses, si ce n’est pas le cas, inutile qu’elle reste sur liste d’attente car pour qu’une thérapie soit efficace il est très important que le contact passe bien entre le patient et le psy. Le reste des visites se fait par le bouche à oreille. Mais je suis très surpris du succès du blog. »

Manon : « Comment ce blog va t-il évoluer ? »

Bernard Sensfelder : « Je ne sais pas. Nous avons quelques projets de chroniques en cours mais pour le reste cela se fait au fur et à mesure de mes réflexions et celles-ci dépendent des difficultés rencontrées par mes patients. »

Manon : « Où peut-on s’adresser lorsque l’on souhaite en savoir plus ? »

Bernard Sensfelder : « Les idées développées dans ce blog sont originales mais il existe de nombreux ouvrages sur les enfants précoces et plusieurs associations qui permettent aux enfants précoces en difficulté et à leurs parents de trouver du soutien et des réponses à leurs questions. Ce blog est un outil parmi d’autres. »

 

Le petit écrit Bleu

de la précocité intellectuelle

Bernard Sensfelder


Cet écrit aborde la précocité intellectuelle à partir des neurosciences et non à partir du test de QI. Il présente donc un regard original sur la précocité.

Cet écrit n’est pas un ouvrage scientifique, il ne demande pas de connaissances particulières.

La référence aux neurosciences est avant tout pratique, en effet, les neurosciences permettent de comprendre des situations de la vie de tous les jours.

Cet écrit essaye d’être un outil simple pour se comprendre et comprendre les autres.

Certains précoces sont en situation de mal-être plus ou moins grand Afin de les aider, je vous conseille, bien évidemment de vous tourner vers l’eïnothérapie…

Cet écrit est rédigé sous forme de dialogue. Tout simplement parce que je ne suis pas un écrivain. Les dialogues se déroulent dans le bureau de l’auteur. Bernard présente son abord de la précocité, c’est un psychologue et eïnothérapeute de longue date, peut-être l’avez-vous déjà croisé dans d’autres dialogues. L’interlocutrice, Camille, est une jeune étudiante en psychologie.

Camille veut comprendre, Bernard veut résoudre.

 

  • Pourquoi, Bleu ?
    Pourquoi pas ?
  • Mais alors, quand j’irais bien, je saurais enfin qui je suis ?

Quand tu iras bien, tu n’en auras rien à faire de qui tu es !

 

 

1

Neurotypiques et précoces – Premières Bases en neurosciences

 

 

Camille : Je me souviens, j’étais petite…

Il y avait plein d’enfants, c’était à la maternelle, maman avait dit que j’allais à l’école pour apprendre.

Je me souviens, j’étais déjà remplie de question, je voulais apprendre.

Mes parents m’ont laissé dans la cour. Il y avait des enfants partout, ils courraient, criaient. Il y en avait qui poussaient les autres, certains riaient, d’autres pleuraient. Je n’ai rien montré. Je me suis mise dans un coin.

Après, des jours, des semaines après, je passais les récrés dans mon coin à jouer avec des cailloux. Ma mère a été convoquée, l’institutrice était inquiète.

Bernard : Tu avais peur ?

Camille : Oui. Et puis, je ne comprenais pas ce que je faisais là.

J’étais venue pour apprendre et jouer avec les autres. Mais je n’apprenais presque rien et personne ne jouait. En fait ils se défoulaient, ils ne s’amusaient pas.

Je pense que je me demandais ce que j’avais bien pu faire pour que mes parents me mettent là…

Mais, c’est vrai que j’avais peur.

Remarque, l’autre jour, j’ai vu l’ambiance dans une cour d’école primaire, je comprends que petite j’ai eu peur. En fait, c’est très violent.

B : Lorsqu’ils vont bien, les précoces ne sont pas violents.

Un précoce qui va bien est une personne avec qui discuter tranquillement, quel que soit l’âge.

Par contre, lorsqu’ils vont mal, certains précoces peuvent devenir très violents.

C’est parce qu’ils souffrent, que ce type de comportement se déclenche, c’est le signe que quelque chose ne va pas.

Les neurotypiques peuvent être violent sans aller mal, pour eux, cela fait partie de leur comportement normal.

Je me souviens d’une fois, des parents m’avaient amené un enfant. C’était une famille de précoces. L’enfant avait été exclu de toutes les écoles primaires du secteur. A chaque récréation il frappait. A chaque récréation il s’en prenait à un enfant différent…

Tu aurais vu la tête des parents lorsque je leur ai dit que leur enfant était non violent ! Ils m’ont pris pour un fou…

L’enfant avait vu plusieurs psys, il n’en avait rien à faire d’être là et attendait que ça se passe. Je crois qu’il n’aurait pas été surpris que je lui fasse une leçon de morale…

Je me suis adressé à lui et je lui ai dit que, pour lui, ça devait être terrible de constater ce qui lui arrivait. Que, pour lui, être violent devait être très difficile à vivre, qu’il ne devait rien comprendre de ce qui lui arrivait, qu’il se voyait faire et ne pouvait pas s’en empêcher. Bien entendu j’ai ajouté que ce n’était pas sa faute et que s’il le souhaitait nous allions agir contre cela ensemble….

Il s’est mis à pleurer…

C’est une thérapie qui a été plutôt rapide.

C : Hou là ! Il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas dans ce que tu viens de dire. Commençons par « précoces », ce terme désigne les hyper-intelligents, mais « neurotypiques », je ne connais pas, j’ignore ce qu’il recouvre.

B : Bon, reprenons les choses à zéro car, en effet, il y a besoin :

Le cerveau est composé d’environ 100 milliards de neurones. Les chercheurs considèrent que chaque neurone est relié à près de 10 000 autres neurones. Les neurones sont de petits, tout petits, fils électriques.

Lorsque nous pensons, ressentons, voyons, sentons, etc, c’est parce qu’il y a des échanges électriques dans notre cerveau. Actuellement, dans ton cerveau, il y a de multiples échanges d’électricité, l’influx nerveux circule dans plusieurs zones de ton cerveau. Ce que tu penses, ressent, entend, etc. Tout cela sont des conséquences de la circulation de cet influx nerveux dans ton cerveau. La circulation de l’influx nerveux dans certaines zones déclenche des sensations. Ces sensations ce tes pensées, ce que tu voies, entends, etc.

Imagine un fil électrique, avec du courant qui circule à l’intérieur. Ce courant arrive à une lampe puis à une ampoule, cela produit de la lumière. Tout ce que tu vois c’est la lumière, mais il y a la circulation électrique en amont.

Dans le cerveau, le courant électrique est bien entendu très faible, tout ce dont je te parle est microscopique. Rien à voir avec la puissance du courant de la prise derrière le bureau…

Dans les neurones, sous forme chimique, le courant circule, on parle d’influx nerveux. Or, on peut mesurer la vitesse de l’influx nerveux.

Cette vitesse dépend de deux facteurs :

      • Le diamètre du neurone (plus un neurone est fin, plus le courant est rapide)

      • Des facteurs génétiques.

Pour la majorité des gens, (d’après mes estimations à peu près 70% de la population), la vitesse de l’influx nerveux oscille entre 1 et 100 mètres par seconde. J’emploie dans ce cas le terme de « neurotypique ».

Pour certaines personnes, la vitesse est plus lente, dans ce cas on parle de débilité ou d’oligophrénie.

Pour d’autres, la vitesse est plus rapide. En fonction des écoles de pensée on parle de surdouance, de haut-potentiel ou de précocité. Ce sont diverses appellations qui renvoient à la même donnée physiologique :

La vitesse élevée de l’influx nerveux (REED et JENSEN, 1992).

C : Donc, tu parles de critères génétiques.

B : Oui, deux personnes précoces ensemble auront des enfants précoces. Deux personnes neurotypiques auront des enfants neurotypiques. Lorsque le couple est constitué d’un précoce et un neurotypique, c’est la loterie…

C : Donc, au moins l’un de mes parents est précoce ?

B : Oui, c’est sûr.

C : Le cerveau d’un précoce est donc plus rapide que celui d’un neurotypique.

B : Voilà, c’est la principale différence, il y a d’autres différences (dendrites, réseaux neuronaux) mais dans le cadre qui nous intéresse, les développer n’a aucun intérêt et compliquerait la compréhension sans rien apporter de significatif. Ce qui compte pour nous, c’est cette notion de cerveau plus rapide, c’est tout.

C : D’accord, je vois, une caractéristique principale et d’autres caractéristiques, annexes, qui ne viennent pas interférer dans les conséquences de la caractéristique principale.

Peut-on dire que notre cerveau est mieux que celui des neurotypiques ?

B : Pas du tout !

Parler de supériorité en matière de génétique me semble aberrant. Le même critère génétique peur être un facteur favorisant l’adaptation à un milieu spécifique comme il peut être un facteur défavorisant l’adaptation à un autre milieu. Il ne saurait être question de supérieur ou d’inférieur. Il y a une différence génétique, c’est un fait, en tant que tel il est neutre.

Il n’y a pas de hiérarchie entre précoces et neurotypiques.

Dans ma pratique, j’ai constaté que très souvent les précoces oublient qu’il y a des neurotypiques qui sont des gens adorables et très gentils. Par ailleurs, bien entendu, il y a des neurotypiques pervers aussi. Et l’on peut dire la même chose des précoces, il y a des précoces adorables et très gentils et d’autres qui sont pervers…

Encore une fois, il s’agit de différence génétique et en aucun cas de supérieur ou inférieur, loin de moi toute pensée eugéniste !

C : J’ai entendu et compris. En fait, la précocité c’est comme la couleur des yeux, des cheveux, ce sont des éléments qui sont là et il s’agit de faire avec. Maintenant, cela me paraît un peu court, il y a une différence dans la vitesse de conduction électrique, soit, et alors ?

B : Cette différence génétique entraîne des différences dans la façon de percevoir le monde, ces différences génèrent souvent de l’incompréhension entre précoces et neurotypiques.

A ce point de notre dialogue, il est très important que tu comprennes que nous n’avons pas accès au monde, mais seulement à l’interprétation que l’on en fait.

C : Comment cela ?

B : Nous sommes deux dans cette pièce, il y a donc trois pièces .

– Il y a la pièce telle qu’elle est reconstruite par ton cerveau, ton interprétation de cette pièce.

– Il y a la pièce telle qu’elle est reconstruite par mon cerveau, mon interprétation de cette pièce.

– Il y a la pièce telle qu’elle est réellement, nous n’y accédons pas.

Cela fait trois pièces.

Il n’y a pas une interprétation qui soit meilleure qu’une autre, il y a des interprétations différentes. C’est tout.

C : Jusque-là, je te suis.

B : L’interprétation dépend principalement du cerveau. Or, il n’y a pas deux cerveaux identiques.

On peut faire un parallèle avec les visages, il n’y a pas deux visages complètement identiques. Ceci dit il y a des yeux, des oreilles, des cils, une bouche, un menton et plein d’éléments qui sont des constantes.

Les visages sont différents, mais les éléments qui les constituent sont les mêmes.

C’est pareil pour les cerveaux. Dans ce cadre tu peux considérer que la vitesse de conduction électrique c’est comme d’avoir des yeux bleus ou marron. Ce n’est qu’un facteur génétique.

C : D’accord, la vitesse de conduction de l’influx nerveux modifie l’interprétation du monde, en même temps, nous sommes tous différents. Toutes les personnes qui ont les yeux marrons ont pourtant des visages différents.

B : Oui, tu y es !

C : Donc, précoces et neurotypiques. Je te connais bien, si tu utilises un terme plus qu’un autre c’est que tu as tes raisons. Alors, pourquoi précoce et non surdoué ?

B : Surdoué, est un terme qui hiérarchise, il y a une notion de supérieur, je suis allergique à cela. Haut-potentiel me dérange aussi à cause de cette notion de hauteur…

Par contre, si tu as bien compris que le cerveau est plus rapide, les informations sont donc acheminées plus vite et donc les sensations sont créées un tout petit peu plus rapidement, donc précocement… Voilà pourquoi j’aime bien ce terme de précoce.

C : Neurotypique, c’est parce que le fonctionnement des neurones est typique des humains.

B : Oui, ce qui est normal c’est d’être neurotypique, nous sommes décalés, anormaux…

C : Heu… Continue sur les différences s’il te plaît…

B : Il est très difficile pour un précoce d’imaginer comment un neurotypique perçoit le monde. Il est impossible à un neurotypique d’imaginer comment un précoce perçoit le monde.

C : Par exemple ?

B : En général, si tu demandes à un neurotypique d’arrêter de penser, il arrête…

C : Ce n’est pas possible !

B : Pour toi, en effet, cela est très difficile, il te faudrait des années de méditation pour y arriver, mais pour un neurotypique, cela ne pose aucun problème.

C : Comment cela se fait-il ?

B : Dans certains domaines le cerveau ne fonctionne pas de façon linéaire, mais par seuils.

C : Voilà qui m’éclaire beaucoup… J’aimerai que tu m’expliques un peu plus, là je n’ai rien compris…

B : Bien entendu. Jusqu’à une certaine vitesse de l’influx nerveux, certaines zones du cerveau fonctionnent d’une façon donnée, au-delà de cette vitesse, ces zones fonctionnent différemment.

C : Là, j’ai compris. Peux-tu fournir, aux pauvres candides que nous sommes, une de ces illustrations dont tu as le secret ?

B : Oui-da ! Notre cerveau de précoce est très attaché à l’idée d’équité. En fait, comme il fonctionne de façon très logique, il a du mal avec l’illogisme et les incohérences. Du coup, il a du mal avec les injustices.

C : Oui, ça je connais, je ne supporte pas !

B : Cela est lié aux seuils. Ton cerveau, étant donné la vitesse de son influx nerveux, n’arrive pas à traiter une information illogique. Il est donc dérangé lors d’une injustice. Comme il n’arrive pas à traiter l’information qu’il reçoit, il déclenche un signal d’alarme, du coup tu ne te sens pas bien. Dans le cas des neurotypiques, l’injustice ne pose pas problème lorsqu’elle s’applique aux autres…

C : Comment cela ?

B : Tu demandes à un enfant précoce, comment il se sent lorsqu’il y a une injustice dans la classe…

C : Il ne supporte pas !

B : Oui. Maintenant, tu demandes à un enfant neurotypique, comment il se sent lorsqu’il y a une injustice dans la classe, il n’en a rien à faire, sauf si c’est avec lui que l’on est injuste…

C : …

B : Puisque la vitesse de l’influx nerveux n’a pas atteint un certain seuil, la perception du monde est différente..

C : Il ne fait pas exprès ?

B : Il ne fait pas exprès, il fait ce que son cerveau lui permet de faire… Remarque que tu ne fais pas exprès d’être dérangé par l’injustice. C’est ton cerveau qui décide d’envoyer un signal d’alarme, pas toi. Ni toi, ni le neurotypique ne décident, chacun fait du mieux qu’il peut en fonction de son cerveau.

C : Oups ! Effectivement, pas supérieur ni inférieur, simplement différent.

B : Oui. Je peux compliquer un peu ?

C : Oui.

B : Nous allons dire que jusqu’à la vitesse d’influx nerveux x, la personne n’est dérangée par les injustices que lorsqu’elles ont lieu contre elle. Nous allons ajouter une vitesse plus élevée, x’ à partir de laquelle la personne est dérangée par toutes les injustices, qu’elle soit concernée ou non.

C : D’accord, mais entre x et x’ ?

B : Il y a des personnes qui sont entre neurotypique et précoce, je les nomme les « intermédiaires », elles sont peu nombreuses, mais, parfois, il m’est arrivé d’en croiser. Ces personnes ne seront dérangées par les injustices que si elles s’exercent contre eux et contre leurs amis. Si l’injustice s’exerce sur les autres, cela ne les dérange pas. Comprends-tu ?

C : Oui, voilà qui bouleverse ma vision du monde, mais cela me semble très juste.

B : Alors ajoutons une vitesse x », très élevée, dans ce cas je parle d’hyper-précocité. Au-delà de x » la personne est dérangée par toutes les injustices, même si elles s’avèrent la favoriser ou favoriser une autre personne…

J’ai connu un précoce qui, jusqu’au BAC, avait souvent de mauvaises notes. Il était furieux si un prof oubliait de lui compter un demi-point, même si, au final, cela ne changeait pas grand-chose sur sa moyenne.

C : Oui, mais c’était injuste !

B : Le monde est injuste.

Après on BAC, il a intégré la FAC d’informatique qu’il souhaitait et, comme il était dans son élément, il s’est retrouvé premier partout.

C : Cool !

B : Jusqu’au jour où il a constaté qu’un enseignant lui avait compté un demi-point de trop, il était furieux !

C : Je le comprends.

B : Ce ne sont pas les événements en eux-mêmes qui importent, c’est leur cohérence, ou leur équité. Si tu dépasses les événements, tu arrives à cerner la façon dont le cerveau traite les informations. Ainsi tu arrives à comprendre si ça va te déranger ou pas.

C : Tout à l’heure, tu as parlé de signal d’alarme. Tu as dit que le cerveau déclenchait un signal d’alarme…

B : Oui. Comme nous n’avons pas accès au monde, mais à l’interprétation que notre cerveau en fait, il réagit aux informations qu’il reçoit.

C : Jusque-là, ce n’est pas compliqué à comprendre.

B : Notre cerveau a, entre autres, pour fonction de nous protéger, de détecter les dangers, les erreurs, les problèmes etc…

C : Notre cerveau nous protège ?

B : Ce n’est pas sa seule fonction, loin de là. Mais, c’est une fonction importante. Notre cerveau veille à notre sécurité. Pour être plus précis à ce qu’il estime être notre sécurité.

Si notre cerveau fonctionne avec des modèles d’équilibre, d’équité, et qu’il reçoit une information qui vient perturber ses modèles, il réagit.

C : Attends ! Tu dis que mon cerveau est attaché à la justice…

B : Non ! Je dis que ton cerveau estime que tu es en sécurité si les informations qui lui arrivent entrent dans un schéma de justice ou d’équité. Il n’est pas attaché à la justice, il découpe le monde sur ce mode de lecture. Il a besoin de faire rentrer le monde dans cette grille de lecture là.

C : Donc, il reçoit des informations et il les trie. Ce tri se fait avec un critère d’équité. Si l’information reçue ne correspond pas, il considère que les choses ne sont pas à leur place ?

Pour illustrer, on peut dire qu’un cerveau qui trierait les informations de couleur avec seulement Vert – Bleu – Rouge, serait à l’aise lorsque nous verrions du vert, du bleu ou du rouge. Mais qu’il enverrait un signal d’alarme lorsque nous verrions du jaune, par exemple… Ce serait comme s’il disait : « Attention danger, il y a une couleur qui ne rentre pas dans les cases pour lesquelles je suis programmé ! »

B : Oui, tout à fait ! Lorsqu’il estime que ça ne « colle » pas, il considère qu’il y a un problème et il déclenche une réaction pour te signaler qu’il y a un problème.

C : C’est ce qui fait que je ne me sens pas bien !

B : Voilà ! Donc, soit tu considères que c’est le monde autour de toi qui pose problème, soit tu considères que ton cerveau est un peu limité dans ses modes de tri…

C : Donc, si je ne veux pas passer ma vie à être dérangé par les injustices, il faut que je pousse mon cerveau à accepter que le monde ne soit pas juste.

B : Oui.

C : Mais, alors, je n’en aurais plus rien à faire du monde !

B : Tu ne seras plus submergé d’émotions face à l’injustice. En aucun cas cela ne signifie que tu seras en accord avec les injustices.

C : Si je ne suis pas submergé par mes émotions, je gérerai les situations différemment.

B : Oui, tu as compris. Avant de changer le monde, change la façon dont fonctionne ton cerveau… Enfin, une partie de ton cerveau !

C : Moi qui croyais que j’avais un super cerveau…