François Roustang est né en 1923 à Loisey dans la Meuse et mort à Paris en 2016. Il a successivement été prêtre jésuite, directeur de la revue Christus, puis prêtre de paroisse, puis psychanalyste, enfin hypnothérapeute.
Cet exposé va reprendre l’évolution de la posture de thérapeute chez Roustang, telle qu’il la présente dans ses écrits ou dans ses interviews. Evolution car, nous allons le voir, entre sa posture d’analyste et celle de ses dernières années, il y a un gouffre, un renversement spectaculaire que je vais essayer de vous montrer, même si cela peut choquer.
Comme François Roustang s’est appuyé dessus pour une partie de ses recherches, je vais, un peu, élargir cet exposé à quelques éléments de taoïsme et de Zen.
Tout au long de mon exposé, je vais m’appuyer sur la parole ou les écrits de Roustang, en essayant de mettre, le moins possible, mon grain de sel…
De façon à introduire le personnage de façon générale, voici trois anecdotes rapportées par François Roustang :
« Dans ma jeunesse, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a dit : « Il n’y a qu’une chose qui compte : c’est le moment présent. » J’ai ensuite mis soixante-dix, quatre-vingts ans à expliciter qu’il n’y avait rien d’autre. » (1)
« Un jour, j’étais en quatrième, après avoir redoublé ma cinquième, un professeur nous a dit : « Ecrivez-moi ce que vous pensez des passions. » Et moi j’ai écrit deux pages, qui ont été lues en classe. Je me suis dit que je n’étais pas totalement « couillon » ! »(2)
« Lorsque j’étais novice, j’avais fait venir des textes de Maître Eckart. C’était scandaleux à l’époque par rapport aux livres de piété qui étaient proposés. C’était vital sinon j’allais crever. » (2)
Donc, une personne décalée !
Afin d’introduire le Zen, voici une petite citation d’un adage classique du Zen, trouvée dans la lecture d’un livre de kodo Sawaki :
« Ce n’est pas toi qui cherche la voie, c’est la voie qui te cherche » (3), cette citation s’éclairera au fur et à mesure de ce texte.
Pendant longtemps, il était d’usage, dans les familles aisées de « donner » l’un des enfants à l’église. Ce fut le cas de Roustang, il grandit avec cette conviction d’être « appelé » par Dieu…
Il devint donc prêtre. Comme il était brillant, il occupa des fonctions importantes, notamment dans la revue jésuite « Christus », jusqu’à la publication de son article « Le troisième homme », qui fit réagir jusqu’au Pape, il se retrouva prêtre de paroisse.
Puis, il se mit à aller mal. Comme c’était l’usage à cette époque, il entra en analyse… Cette psychanalyse le conduit à réaliser que « rien ne tient »
« Une des choses que m’a appris la psychanalyse, c’est que la vérité c’est quelque chose qui était toujours relatif à une situation actuelle, relatif à mes désirs, relatif à mes relations et à mon système de relation avec les amis, les autorités, avec la langue, toutes les connaissances antérieures, etc. Donc, il n’y a pas de vérité en soi » (4 -1).
A partir de là, soit une belle dépression s’installe, soit une profonde liberté accompagnée d’un élan vital libéré jaillit. Dans le cas de Roustang, c’est cette deuxième option :
« Une force vive qui a fait exploser toutes les superstructures qui m’avaient soutenu pendant les années précédentes, ça s’est fait très douloureusement, parce qu’on ne change pas de peau sans que ça fasse mal, mais une fois que ça a été fait, c’est-à-dire en quelques mois, une fois que la mue a été faite, je me suis senti libre, tranquille, heureux et prêt à une nouvelle aventure, alors que je n’avais aucune garantie sociale »(5)
Psychanalyste :
Ayant quitté l’église, François Roustang s’installe comme psychanalyste et assez vite, il est « convoqué » par Lacan qui le veut dans son équipe.
Bien entendu, l’analyste soigne l’analysant en permettant à ce qui est inconscient de devenir conscient. C’est donc un travail intellectuel alternant constats et élaboration de modèles de compréhension. Du côté de l’analyste, il s’agit travailler sur ses propres résistances, en les comprenant.
Pour Roustang, l’analyse est censée être réussie
« quand quelqu’un réussit à mieux vivre selon ses propres désirs, selon ses propres visées personnelles »
« La fin de l’analyse se formulerait de façon suivante : j’en ai marre maintenant, de me raconter, j’ai plus envie de parler de moi, j’ai envie de vivre. »
« Ce qui est pour moi la pierre de touche de la fin de l’analyse, c’est l’acquisition minimale d’un sens de l’humour. Je veux dire que ce qui me paraît fondamental dans une psychanalyse, c’est que l’analysant, par rapport à lui-même, acquiert une distanciation telle qu’il ne se prend plus au sérieux, qu’il ne se prend pas au sérieux dans son existence, même s’il fait les choses sérieusement, et même s’il est psychanalyste, de telle sorte que cette distanciation lui permet de jouer avec l’existence. Je dirais que l’un des buts de la psychanalyse (…) c’est d’ouvrir un espace de jeu qui permet à l’analysant, après, de jouer dans son existence » (4-1) A entendre ses mots, je pense que Roustang parle de lui…
Voici quelques éléments plus spécifiquement sur le psychanalyste :
« Le psychanalyste n’est lié à aucune doctrine, même pas la doctrine analytique »« La culture d’un analyste est toujours complètement insuffisante, parce que la culture permet d’entendre beaucoup de choses chez son patient (…) Ce qui me parait plus important, c’est la possibilité, pour l’analyste de s’analyser lui-même, c’est-à-dire Un analyste qui se prend au sérieux, pour moi, c’est la catastrophe en personne et malheureusement je crois qu’il y en a pas mal qui se prennent au sérieux. »(4-1)
Enfin, cette petite remarque :
« ça m’est arrivé, avec des gens qui étaient très malade et qui me demandaient une dépense d’énergie formidable. » (4-1)
Notons le : « dépense d’énergie formidable » !
Chez Roustang, nous ne sommes pas en présence d’un analyste qui semble somnoler, nous sommes en présence d’une personne qui veut aider l’autre et qui y met toute son énergie et toute sa puissance intellectuelle. Cette puissance intellectuelle est nourrie par la conviction qu’il n’y a pas de vérité, elle repose donc sur une richesse et une inventivité permanente.
La posture d’analyste de Roustang est une posture basée sur l’intellectuel et sur la culture générale de l’analyste. L’analyse et la relation analytique sont traités sur un mode intellectuel.
Philologue, investi dans la déconstruction des concepts de l’analyse, cherchant à en comprendre les fondements, il dérange et bouscule…
Voici un exemple de la déconstruction permanente de la théorie analytique par Roustang. Un texte, peu connu, qui s’intitule « sur l’épistémologie de la psychanalyse » Paru dans « le moi et l’autre » en 1985 chez Denoël. En voici quelques brefs extraits :
« La plupart du temps, nous oublions (et cela arrive souvent à Freud lui-même) que l’inconscient est une hypothèse. »
« La théorie analytique, et celle de l’inconscient en particulier, ne fait que répéter sous une autre forme les faits qu’elle doit expliquer. »
« Peut-on connaître une hypothèse ? Peut-on entreprendre de constituer le savoir d’une hypothèse ? Dire que l’on va tenter de déchiffrer l’inconscient suppose que l’inconscient non seulement a acquis une existence, mais qu’il est devenu subrepticement un fait. Ce qui est proprement inadmissible. »
« Vouloir expliquer les faits aberrants concernant l’existence humaine en forgeant des récits ou des discours, cela porte un nom dans l’histoire des civilisations. C’est exactement proposer un mythe » (6).
Vous vous en doutez, considérer la théorie analytique comme une mythologie n’enchante pas toute la communauté analytique.
Incontournables, quelque mots sur deux affirmations de Lacan :
« Dire que l’analyste est quelqu’un qui ne peut s’appuyer sur aucune doctrine, sur aucune théorie, il ne s’autorise que de lui-même, ça veut dire qu’il ne peut s’appuyer que sur lui »(5)
« Il n’y a de résistance, que du psychanalyste »
« c’est-à-dire qu’en tant qu’analyse j’ai d’abord à m’interroger sur mes propres résistances résistance (…) La seule résistance sur laquelle l’analyste doit s’interroger, c’est sa résistance propre » (5)
Nous retiendrons de cette posture d’analyste : Volonté d’aider l’autre / Dépense d’énergie / Feu d’artifice intellectuel.
En outre, en analyse, la vie inconsciente est considérée comme la source d’énergies que le patient ignore. L’analyste est donc dans une posture de révélateur, exactement comme un révélateur photographique.
Or, Roustang est travaillé par la question du transfert, qui n’est pas traité par Freud, car Freud veut que la psychanalyse soit une science, du coup le transfert lui posant problème, il préfère l’occulter.
Dans la lignée de Ferenczi, Roustang pense que le transfert est révélateur d’un autre plan relationnel, non explicité en analyse… Ferenczi parlait de communication d’inconscient à inconscient.
Roustang va chercher de quoi est constitué cet autre plan relationnel. Il va constater qu’il s’agit d’une relation d’influence s’effectuant de corps à corps. Il va donc creuser ces deux sillons, l’influence et le corps.
La recherche sur l’influence l’amène à expérimenter l’hypnose, c’est la rencontre avec les travaux d’Erickson.
Hypnose Erickson :
Pour Roustang, ce qui intéresse Erickson, c’est « la modification de l’individu qui se présente à lui comme patient » (7) « Chaque patient est considéré par lui comme un cas singulier pour lequel il faut trouver des voies d’accès au changement » « Il ne cesse de répéter que le souci principal du thérapeute doit être de découvrir, ou mieux encore, de faire découvrir les ressources, ignorées du patient, qui vont lui permettre d’opérer en lui une modification » (7)
Pour ce faire, tous les moyens sont bons et Erickson manipule à tour de bras le patient, son entourage, etc… Fondamentalement, Erickson rejoint Freud sur l’idée que la vie inconsciente est la source d’énergies que le patient ignore. Bien entendu, ce ne sont pas les mêmes, mais les deux conceptions de la personne se rejoignent à ce niveau. Erickson ajoute l’action de l’environnement en tant que moyen d’activation des ressources internes de la personne. Ainsi, il est dans une posture d’activateur des ressources de l’individu.
Erickson a montré que « l’attitude du thérapeute détermine les résultats obtenus »(7), en effet, en fonction du thérapeute, les résultats varient.
Pour Erickson, il n’y a pas de relation sans manipulation réciproque. « La manipulation Ericksonnienne n’en reste pas à la constatation et à l’utilisation de l’ambiguïté de la demande. Elle cherche à orienter le changement en fonction des possibilités offertes par le patient. »(7)
« Le passé ne l’intéresse pas afin d’y découvrir le pourquoi des souffrances ou des symptômes, qui devrait donner les clefs de la guérison. C’est le comment modifier, à partir de la réalité présente, qui devient la seule interrogation valide, si bien que le passé est immédiatement ce qui soit être recomposé grâce à l’élargissement et au renforcement des possibilités encore enfouies et révélées dans la relation au thérapeute. Autrement dit, le passé n’est pas à déchiffrer, mais à refondre sous la pression du futur »(7)
Erickson se situe sur deux plans, d’un côté il stimule les ressources interne de la personne, d’un autre côté, il n’hésite pas à transformer l’entourage du patient, à l’orienter à sa guise afin de faire réagir le patient. Cela suppose de la volonté et du pouvoir.
Erickson se situe résolument dans l’activation volontaire, dans ce cadre, il est vraiment hors du commun.
Roustang a trouvé un nouveau terrain de jeux !
En même temps, en parallèle de la recherche sur l’influence, Roustang creuse le sillon de la place du corps. Ainsi, il commence à envisager la relation thérapeutique sous ce nouvel angle. D’abord, s’appuyant sur Hegel et le magnétisme animal, il développe le concept d’animalité, puis il reviendra au corps par la notion de posture, c’est le cœur de cet exposé.
Animalité : l’être animé, « S’il est vrai que notre corps est la mémoire de toutes les interactions qui nous ont édifiés et qu’il agit et réagit dans les relations en fonctions des apprentissages qu’il a pu assimiler. Se souvenir que nous sommes des mammifères, c’est admettre que le spécifiquement-humain a besoin pour prendre sens du pré-humain et du préverbal, c’est-à-dire de notre appartenance à l’animalité »(7)
« Il n’y a pas encore de distinction entre sujet et objet. Nous sommes dans un état de participation, comme on le dit des primitifs pour lesquels un homme est aussi les autres humains, ou un animal, ou une plante, ou la nature. Autrement dit, il y a une continuité qui court sous la conscience individualisée et c’est par cette continuité que d’abord la communication est possible » (7)
Ainsi, « Nous sommes incapables de penser que nous vivons sous deux régimes différents : celui de la discontinuité caractéristique de l’entendement et celui de la continuité du vivant qui ne cesse d’être en relation et de participer. »(7) Vous aurez reconnu les fondements des notions de perception et de perceptude.
Roustand est prêt à lire Herrigel et son « petit livre merveilleux, aujourd’hui très connu »(7)
Herrigel :
Dans son livre, « Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc », Herrigel essaye de découvrir le Zen en passant parla pratique de l’art du tir à l’arc. Il est initié par maître Kenzo Awa.
Le récit d’Herrigel alterne les propos du maître avec ses propres réflexions. Il cherche à comprendre ce qu’il fait et peu à peu commence à accéder à l’idée que, lorsqu’il fait, il est indispensable d’arrêter d’essayer de comprendre…
Voici quelques extraits des propos du maître :
« Pour tendre la corde, il ne faut pas engager toute la force de votre corps, mais apprendre à laisser vos deux mains exécuter tout le travail, cependant que les muscles des épaules et des bras restent relâchés et paraissent ne prendre aucune part à votre action. C’est seulement lorsque vous serez capables de cela que vous aurez rempli l’une des conditions grâce auxquelles vous banderez l’arc et tirerez en esprit. »
« L’art véritable, s’écria le Maître, est sans but, sans intention. Plus obstinément vous persévérerez à vouloir apprendre à lâcher la flèche en vue d’atteindre sûrement un objectif, moins vous y réussirez, plus le but s’éloignera de vous. »
« Quand tout découle de l’oubli total de soi et du fait qu’on s’intègre à l’événement sans aucune intention propre, il convient que, sans aucune réflexion, direction ou contrôle, l’accomplissement extérieur de l’acte se déroule de lui-même. »
« Il signale que toute création convenable ne peut réussir que dans l’état purement désintéressé, état dans lequel le créateur est absent en tant que lui-même. »
« Vous voyez combien il est important de pouvoir se tenir dénué d’intention »
« je demandai un jour au Maître : « Mais comment le coup peut-il partir si ce n’est pas moi qui le tire ? – Quelque chose tire ! répliqua- t-il. » (8)
L’enseignement du maître revient en boucle sur l’absence de pensée, l’absence d’intention consciente, l’absence d’importance de ce qu’Herrigel ressent et sur le fait de laisser le corps se laisser faire par « quelque chose ». Le maître transmet la participation et non l’activation.
Herrigel, de son côté, est partagé entre son esprit occidental et la puissance dégagée par le maître :
« J’étais, semble-t-il, comme le mille-pattes qui ne pouvait plus se mouvoir, depuis qu’il s’était cassé la tête à chercher dans quel ordre il mettait ses pattes en mouvement » « Ne pensez pas à ce que vous avez à faire, ne réfléchissez pas pour savoir comment il faut s’y prendre ! » « C’est donc par la toute-puissance de sa présence d’esprit, non troublée par une volonté d’intention, si déguisée soit-elle, que l’homme dégagé de toute connexion doit pratiquer un art quelconque. » « Tout absorbé dans son action, il est ainsi conduit, sans aucune volonté d’intervention, vers le moment où l’ouvrage, dont les lignes idéales emplissent sa pensée, se réalise de lui-même. » (8)
Avec le recul, il est facile de constater combien Herrigel passe à côté du Zen tout en y étant presque… Il ne s’agit pas d’être « tout absorbé dans son action », car le « son » de « son action » souligne la dualité, mais bien de laisser disparaître la séparation entre « être » et « action » afin d’atteindre un autre plan… Et là, de se taire…
A la fin du livre, Herrigel fait référence à Maître Takuan, et à son propos, il cite le Dr Suzuki :
« Dès qu’il est devenu Maître en l’art de l’esquive, il n’a plus besoin d’observer, de concentrer son attention sur les mouvements de son antagoniste, voire (même) de plusieurs à la fois. Tout au contraire, au moment où il voit et pressent l’acte qui se prépare, il s’est déjà soustrait d’instinct à son effet, sans qu’il y ait eu « l’épaisseur d’un cheveu » entre la perception qu’il en a et sa parade. Par conséquent, ce qui compte, c’est cette réaction immédiate, vive comme l’éclair et qui n’a plus besoin d’observation constante. »
Hypnose Corps 1 :
A la lecture de ces lignes, il m’est apparu que c’est sur cette disparition de l’épaisseur d’un cheveu qu’a travaillé Roustang.
En effet, lorsqu’il évoque Herrigel, Roustang dit :
« L’intention ne se distingue pas de l’acte, tant qu’on pense l’intention on ne peut pas être dans l’acte » (5) « Il n’y a plus de différence entre intention et action »(5)
Roustang tourne autour de quelque chose, grâce à Herrigel, Il a compris qu’il s’agit de laisser quelque chose se faire, mais il ne sait pas encore comment, il tâtonne. Il a compris qu’il s’agit de faire disparaître l’épaisseur du cheveu et il va creuser ce sillon en zigzagant entre activation et participation.
Ce qui va le ralentir, c’est le poids de la conviction de la nécessité, héritée de Freud et Erickson, que l’action provienne de l’individu. Roustang est coincé dans l’idée qu’il est nécessaire que le patient cherche à faire quelque chose afin de permettre que « cela se fasse ». En cela, il reste très Ericksonnien, il ne sort pas de la posture d’activateur.
Comme il est clair que ce n’est pas par la pensée que l’épaisseur du cheveu va disparaitre, Roustang s’appuie sur corps, sur l’animalité, par le biais de la posture et il rejoint la participation.
« On ne peut pas dire plus clairement que le secret de la communication, qui est le secret de l’invention, réside dans le pouvoir de déplacer son attention ou sa pensée des propos explicites d’une conversation ou de l’exécution d’un programme, pour qu’elles puissent entrer dans le laisser-agir-le-corps à partir des sensations inconscientes qui s’imposent à lui. Peut-être que nulle définition plus précise de l’hypnose en thérapie ne saurait être donnée » (7)
Roustang est dans une posture d’hypnothérapeute qui repose sur ces deux plans : « S’il est dit que le thérapeute se prête au jeu, c’est pour signifier qu’il aura san cesse – et bientôt le patient lui aussi – à travailler à deux niveaux, celui de la passivité où il se tient à la place qui lui est assignée et celui de l’observation, de la réflexion, de la décision et de l’invention. Le passage constant d’un niveau à l’autre est nécessaire pour que l’animalité et l’humanité échangent leur rôle et leur tâche afin de produire l’élargissement et l’intensification du réseau relationnel. » (7)
Quelques réflexions sur la pratique :
« Si l’on propose à quelqu’un de bien placer son corps, non seulement de se trouver confortablement installé, mais de se situer dans son espace et de se mouvoir dans cet espace de la façon la plus juste possible à l’égard de son entourage et de son environnement, et s’il adopte la proposition d’une telle posture, les effets ne se font pas attendre et les problèmes posés semblent fondre. A condition bien sûr que, pour sa part, le thérapeute réussisse à se placer comme il convient face au patient et avec lui. » (9) « Ce qui importe ici, c’est de souligner que ce sont de telles expériences renouvelées qui conduisent à faire penser que la position juste du corps dans son contexte d’existence est la guérison effectuée » (9)
« Vous êtes assis, vous êtes placé, vous êtes posé de travers ou de guingois, soyez assis, posé, placé de façon qui convienne à votre existence – Mais que veut dire qui convienne à mon existence ? – Je ne sais pas, c’est vous qui êtes au centre de la situation et qui savez déjà ce qui peut advenir. Contentez-vous d’entendre l’impératif, de la laisser pénétrer dans tous vos membres et jusqu’à la dernière cellule. » (9) « Le geste peut rassembler en un tout l’esprit, le cœur, le corps, la relation aux autres corps et à l’histoire personnelle » (9)
Sur la posture du thérapeute, quelques remarques :
Dans un premier temps, lors de l’entretien, Roustang continue à chercher le nœud, à chercher là où ça coince chez le patient… Dans un deuxième temps, il invite le patient à chercher la posture dans laquelle quelque chose pourra se faire. « Il suffit de demander à quelqu’un de se laisser prendre la posture qui serait souhaitable » (4-2) c’est donc bien un retour à l’animalité qui est demandé au patient.
Dans le premier temps, il y a volonté de trouver. Dans le deuxième temps, du côté du thérapeute, la volonté disparaît presque, mais pas encore complètement, Roustang rentre de plus en plus dans la participation, il va vers la présence sans pensée et sans volonté, il n’y est pas encore, mais il cherche. « La présence, c’est ce qui reste quand on a enlevé à l’homme l’intellect et l’affectif, il reste le vital, il reste quelqu’un qui est vivant »(4-2)
« Le thérapeute va devoir se retirer au centre où pour lui cette forme est à l’œuvre et de là aiguiser ses sens au point de se rendre adéquat à tous les aspects de la présence de l’autre. Le centre vital est atteint par le parcours de la totalité de l’espace. Il crée ainsi le milieu ou l’environnement auquel le patient, comme vivant, est fait pour s’adapter. A ce contact du thérapeute présent et pressant qui l’entoure de toutes parts, le patient sera invité à réagir en activant sa propre sensorialité et, par là même, à faire appel à la forme propre de son corps vivant. De patient il deviendra l’agent de sa propre existence. » (10) « Pour le thérapeute, l’effort indispensable à la pression qu’il exerce en vue d’une transformation se change alors en plaisir »(10)
La question de la volonté chez le thérapeute, se pose :
« Ce qui est proposé, en effet, est imposé, à moins que le thérapeute n’en attende aucun résultat, à moins qu’il ne soit indifférent au succès ou à l’échec de sa proposition, à moins qu’il n’ouvre cette dernière brèche de la liberté de l’autre, à moins que l’accueil ou le rejet de cette proposition ne soient plus en rien son affaire à lui. Nul besoin d’un échec pour commencer à ne rien faire, car nous sommes toujours en échec face à l’interlocuteur qui doit décider d’être malade ou de guérir, de stagner ou d’avancer et finalement de mourir ou de vivre. »(10)
« Tant que le thérapeute veut soutenir le patient, la béquille qu’il lui propose ne fait que différer le temps où celui-ci devra marcher seul, ce qui inclut le risque de tomber. A quoi se résume, en effet, le succès d’une thérapie si ce n’est, pour le patient, à la possibilité de transformer la passivité à l’égard de ce qui lui arrive en détermination et en initiative ? » (11)
« Comment ne pas faire quelque chose pour quelqu’un qui a peur ou qui est angoissé ? En réalité, c’est lui (le thérapeute) qui a peur et qui ne supporte pas le vertige de la liberté. « La décision est une folie », disait Kierkegaard. Qui n’en a pas senti le risque ne saurait tenir ferme lorsqu’un autre sous ses yeux l’affronte. » (11)
« Cette indifférence (au succès) devient le corrélatif du pouvoir de décision du patient. Elle contribue à le mener à l’optimum de la puissance. Plus l’aide tend vers zéro, plus elle est efficiente, ou bien, bien-plus le risque est couru, moins il a lieu d’être » (11)
Il s’agit donc d’arrêter de vouloir aider l’autre… D’une certaine façon, chacun sait pourquoi il est là, il n’y a plus à s’en occuper… Dans ce cadre, la volonté, du côté du thérapeute est à enlever…
Roustang en est là au niveau théorique, mais au niveau de la pratique, c’est plus difficile, la posture est difficile à trouver, tout simplement parce qu’on ne peut pas la trouver, c’est à elle de venir et au thérapeute de se laisser faire. Voilà qui nous renvoie à la citation de Kodo Sawaki…
Je vous laisse imaginer le chercheur dans sa solitude, intellectuel hors pair, confronté par sa démarche intellectuelle, à la nécessité d’une pratique hors intellectuel. Cette personne qui fondamentalement aime et aide les autres, est présente aux autres, confronté à cette possibilité de tout lâcher, de lâcher l’activation, en présence d’une personne qui souffre… Peu, auraient osé franchir le pas !
Toutefois, il manque une pièce au puzzle.
Dans ses recherches Roustang lit Tchouang-Tseu, il est confronté à cette pensée, qui le renvoie à Herrigel, au « laisser se faire »… Et derrière, omni présente chez Tchouang-Tseu : « Se laisser faire par l’environnement ».
Voici deux petites histoires de Tchouang-Tseu, l’une va illustrer cette notion de se laisser faire par l’environnement, déjà présente dans la participation. L’autre prépare Socrate.
« Confucius admirait la chute de liu-leang. L’eau tombait d’une hauteur vertigineuse et se déversait en écumant à quarante lieues à la ronde. Même les plus gros animaux aquatiques se gardaient de s’aventurer en cet endroit. Soudain le Maître aperçut un homme au milieu des remous. Il crut que c’était un désespéré. Il dit à ses disciples de longer la rive pour lui porter secours. Quelques centaines de pas plus loin, l’homme émergea de l’eau, frais comme un gardon, et, les cheveux épars, se mit à déambuler sur la berge à moitié nu en chantant à tue-tête. Confucius le rattrapa et lui dit :
Ma parole ! Je vous avais pris pour un revenant. Mais de près il semblerait que vous soyez fait de chair et d’os. Avez-vous une méthode pour nager ainsi ?
Non, répondit l’homme, dans ce milieu j’ai développé un naturel qui est devenu ma vie même. Je me laisse entraîner par les tourbillons et je remonte au gré des courants ascensionnels, m’abandonnant aux mouvements de l’eau.
Qu’entendez-vous par « milieu », « naturel », et « vie même » ? demanda Confucius.
L’homme répondit : – Je suis né dans ces collines et je m’y suis senti chez moi, voilà le milieu. J’ai grandi dans l’eau et je m’y suis accoutumé, voilà le naturel. Je m’y meus sans même m’en rendre compte, voilà la vie même » (12)
Autre histoire :
« Le duc Houan lisait un livre. Le charron qui travaillait à sa roue en bas des degrés monta le trouver :
Que lisez-vous ?
Les paroles des saints.
Sont-ils vivants ?
Ils sont morts.
Alors ce que vous lisez, ce sont leurs déjections.
Comment ! Un charron ose discuter de ce que lit son seigneur ! éructa le duc. Si tu parviens à justifier ton assertion, je te fais grâce, sinon, je te coupe la tête !
Quand on façonne une roue, trop doux, il y a du jeu, trop fort, les pièces s’imbriquent mal. Ni trop doux ni trop fort, il faut l’avoir dans les doigts. L’esprit se contente d’obéir. Il y a dans mon activité quelque chose qui ne peut s’exprimer par des mots, aussi n’ai-je pu le faire comprendre à mon fils. J’ai soixante-dix ans bien sonnés et je suis encore là à faire des roues en dépit de mon grand âge. Ce que les anciens n’ont pu transmettre est bien mort et les livres que vous lisez ne sont que leurs déjections. » (12)
Roustang est très proche du Zen, j’imagine qu’il en a lu. Sur le Zen, voici une illustration d’Alan W.Watts : « Comprendre la vie implique que l’on se meuve à son rythme, que l’on reconnaisse et accepte ses transformations quelque peu magiques et ses changements incessants. Cette acceptation remplit l’adapte d’un profond sentiment d’émerveillement, car il perçoit les choses dans leur éternel renouveau. » « Le Zen sous-entend que l’on suive le mouvement de la vie sans vouloir ni l’arrêter ni interrompre son cours. » « Une telle attitude suppose une compréhension immédiate des choses en tant que vie et mouvement et non simplement en tant que sensations et concepts, lesquels ne sont que les symboles morts d’une réalité vivante. » (13)
Quelque chose va tirer…
J’ignore ce qui a entraîné cette bascule…
Peut-être grâce ses réflexions sur Socrate ?
Quelques mots sur ces réflexions :
Le parallèle entre Socrate tel que présenté par Roustang et Tchouang-Tseu est un plaisir… :
« Pour perdre la tête sans la perdre, il doit se réfugier chez le savetier ou chez le tisserand, à la rigueur chez le médecin ou le pilote. C’est qu’il peut là éviter de discourir, se contentant de voir à l’œuvre un savoir qui ne se sait pas et qui cependant est la justesse du mouvement de la main, bien plus encore que des yeux. La sagesse qui n’a besoin que d’une parfaite mobilité du corps pour que le geste soit utile à la cité. Un savoir qui nourrit sa rectitude et sa compétence de ce qu’il ignore et qui par-là rejoint la magie. » (14)
Ce qui est sûr c’est que, grâce à Socrate, Roustang retrouve la liberté et l’énergie qu’il avait ressenti à la fin de son analyse.
« Tout ce que l’on peut apprendre pour devenir sage et savant, c’est à savoir que, irrémédiablement, on en sait rien, c’est demeurer au niveau du non-savoir. Mais comment demeurer dans cette évidence, dans ce fond de certitude, si ce n’est par l’exercice qui va devoir à chaque instant défaire le savoir qui se pense et se croit quelque chose ? Eprouver qu’il n’est rien, c’est ce qui est pour Socrate au cœur de son existence. Le faire éprouver est ce qui est sa tâche unique et inlassable » (14)
Enlevons, chez l’hypnothérapeute, ce « le faire éprouver » (révélateur ou activateur) et intégrons ce « défaire le savoir qui se pense et se croit quelque chose », que reste-t-il si ce n’est une absence de pouvoir et l’émergence d’une qualité de présence ?
« L’expérience proposée par Socrate est à décrire selon trois temps. Le premier est à double face : du côté de ce qui est reçu, le divin et du côté de qui reçoit, la non-résistance. Le deuxième est le changement de la forme de vie par le devenir le meilleur possible. Le troisième temps est, comme on le verra plus loin, un comportement dans l’existence marqué par la liberté et l’indifférence. »(14) Nous avons là le « se laisser faire ».
« Se réduire à cela, c’est-à-dire, ne rien dire, ne rien penser, ne rien faire, être là simplement en tant qu’humain, ou mieux encore être là comme on est, identique à ce que l’on est et bien sûr sans savoir ce que l’on est. » (14) Nous avons là la « qualité de présence ».
Il ne s’agit plus d’être un révélateur ou un activateur, mais de se réduire à n’être qu’un catalyseur. Donc de sortir de toute forme de pouvoir. « Il y a encore deux jours, une personne m’a appelé pour me dire que sa vie avait changé après m’avoir consulté il y a quatre ans et qu’elle souhaitait me revoir. Cela m’est arrivé dix fois. Cela ne m’est pas adressé, en réalité. Mais je crois que j’ai servi de catalyseur. C’est tellement quelque chose qui me dépasse. C’est qu’il faut prendre des risques. Je n’ai pas une méthode qu’il faut appliquer. Il faut savoir passer par le vide ! » (2)
Roustang pose ainsi les bases de ce qui a été sa dernière posture de thérapeute, là, quelque chose a tiré. C’est là que je l’ai rencontré.
Le livre d’Herrigel est sur l’art chevaleresque du tir à l’arc, moins connu, mais en arrière plan, il y a celui de sa femme, Gusty L.Herrigel, il s’intitule « La voie des fleurs, le zen dans l’art japonais des compositions florales ». Alors que monsieur Herrigel reste novice, sa femme, discrètement, est élevée Maitre… Voici un petit extrait de ce qu’elle écrit :
« Il est recommandé également d’être « vide de soi-même », de réaliser « l’unisson du corps et de l’âme », sans pensée mesquine ou importune, de s’ouvrir au « Cœur universel » et, sans souci comme la fleur des champs, de n’être « rien et cependant tout »(15).
Roustang atteint cette posture qui permet à la pratique de devenir un art.
Hypnose corps 2 :
Voici ce qu’il dit de cette posture :
D’abord sur la posture thérapeute :
« Quand j’enseigne à des apprentis thérapeutes, je leur dis que la première exigence de ce métier est de ne rien vouloir, de ne rien vouloir pour l’autre » (1)
« Il ne faut surtout pas lutter contre. Parce que quand on lutte contre -les arts martiaux nous l’apprennent-, on ne fait que renforcer. Pour faire tomber les résistances, il suffit de laisser faire. » (1)
« Il faut certes entrer en résonnance avec les patients, comprendre ce qui leur arrive, mais sans partager leurs émotions » (16)
« on est réduit à l’état d’être vivant, d’abord le thérapeute » (42)
« état dans lequel on est mêlé aux choses » (5)
« Si je suis là, en tant que moi, rien ne se passe, si je disparais, si je ne suis plus que ce que l’autre veut d’abord, rien ne se passe, mais où je suis, j’en sais rien, c’est une annulation de moi. Dans un second temps j’ai des initiatives à prendre, mais d’abord et avant tout je m’absente totalement. Je peux dire que je suis là intensément, mais que c’est nul. Je ne suis pas là en tant que moi qui ait des choses à faire, à diriger ou a décider » (17)
« J’ai l’impression d’être souvent fondu dans la pièce où je suis, ou dans quelque chose d’infiniment plus vaste, qui me dépasse. Mais, je ne suis pas là en tant que sujet, comme on dit dans la culture ou conscient de la position que j’ai, non. » (17)
« C’est ça qui est très ambigu, parce que à la fois on est pas là du tout et on est hyper là. On est vraiment là avec une intensité pour la personne qui est là, donc on est bien plus présent » (17)
« Il se passe quelque chose, dans la mesure où on ne sait rien et ou on ne sait pas ce qui se passe, c’est la condition sine qua non, (…) On ne peut pas savoir pourquoi (ça se passe), si ce n’est, la raison fondamentale, qu’on s’est enfin un petit peu laissé aller à la vie qui est en nous et autour de nous, on ne s’est pas braqué, on n’a pas accentué ses inhibitions et on a plutôt accentué sa disponibilité. C’est comme ça que quelque chose peut se passer, qu’on peut se transformer » (17)
« Il faut savoir passer par le vide » (2)
« On ne veut plus, c’est cela qui est fondamental. C’est cela que n’ont pas compris les gens qui parlent de la méditation. La liberté est un effet, mais la volonté n’est rien. Il n’y a surtout pas à vouloir »(2)
Le premier temps de la séance, est toujours là, il sert toujours à déterminer le nœud à résoudre. Mais la posture a changé, il ne s’agit plus de chercher, mais bien de laisser émerger :
« Il faut souvent mettre le doigt sur quelque chose qui bloque le patient. Lui faire sentir que c’est sur ce point-là qu’il est arrêté. Il faut alors violemment intervenir. C’est le positionnement du corps qui permet une intervention forte » (2)
« le premier temps, le thérapeute reçoit l’interlocuteur, qui va se trouver devant le vide et devoir sortir un certain nombre de choses essentielles pour lui »(17)
« précisément c’est parce que on le laisse exister totalement, jusqu’à nous faire disparaitre comme interlocuteur, à ce moment-là sortent des choses beaucoup plus importantes, essentielles. C’est à ce moment-là que le thérapeute peut réintervenir pour que ce point essentiel devienne l’occasion de l’abandon. » (17)
« Dans un premier temps, certainement, le thérapeute est quelqu’un qui est agressé par le patient, parce qu’il doit faire toute la place pour que le patient puisse se projeter sur lui, je sens ça comme une agression, c’est-à-dire l’autre doit prendre toute la place, moi je ne suis plus rien, si ce n’est que je suis quelqu’un qui propose que l’autre, enfin, ne se défende plus. Pour que l’interlocuteur ne se défende plus, il faut moi que je disparaisse. Et pourtant que je sois tout à fait là et à ce moment- là, il y aura un second temps où l’interlocuteur va se dévoiler et dévoiler quelque chose d’essentiel pour lui, et à ce moment-là le thérapeute peut pointer cette chose d’essentiel pour l’autre. C’est à la fois un abandon de toute subjectivité et en même temps c’est un combat, comme le pensent les arts martiaux. On est tout le temps à recevoir l’autre et à reculer devant sa force pour pouvoir de nouveau trouver soi-même sa force et le renvoyer à lui-même. C’est un jeu permanent d’esquive et d’affirmation. Le travail du thérapeute, il alterne tout le temps comme ça, je donne à l’autre toute sa place, et toutes les possibilités qu’il veut, pour pouvoir exister dans sa singularité et en même temps , recevant ça, j’existe par rapport à lui en l’obligeant à prendre position. C’est plusieurs moments qui sont successifs pour pouvoir décrire ce que c’est qu’entrer en transe.» (17)
Remarque sur le Zen : Il est tentant de se dire que puisque Roustang parle, puisqu’il intervient, c’est bien qu’il est présent avec toute la force de sa pensée. Pour répondre, Voici une citation d’Evelyn de Smedt : « Que faites-vous pendant zazen ? Yakusan répond : Je pense du tréfonds de la non-pensée. – Comment penser du tréfonds de la non-pensée ? dit le disciple. -Hishiryo réplique Yakusan » (18). Nous voici bien avancé… Voici une définition d’Hishiryo donnée par maitre Deshimaru :
« Penser du tréfonds de la non-pensée. Hishiryo est l’excellence, l’éclatement, l’orgasme de la conscience, l’au-delà de la pensée, la pensée absolue, cosmique, universelle, globale. Hishiryo est la cosmique et non la conscience personnelle, l’ultime conscience au-delà de l’espace et du temps. Comment pense-t-on sans penser ? Ceci est en soi l’art essentiel du Zazen. » (19)
Très concrètement, ce qui est dit est découvert au moment où cela est formulé verbalement… Cela n’a pas été pensé consciemment… C’est un effet de la posture qui fait que la phrase s’impose.
Maintenant, venons à la posture du patient :
« C’est le corps qui est intelligent. Si vous demandez à quelqu’un de supprimer toute pensée et de se mettre dans le présent, qu’est-ce qui reste ? Un corps intelligent en accord avec le milieu. » (1)
« L’état hypnotique, c’est être là où l’on est. C’est-à-dire prendre en compte tous les paramètres de la situation dans laquelle on se trouve et y adhérer. C’est un état étrange en ce sens que l’on n’est plus dans le découpage de la réalité pour pouvoir réagir, mais dans l’unité et la totalité des éléments qui nous constituent pour nous y mouvoir »(1)
« Hegel parle de se mettre de tout son cœur, de tout son âme, de tout son esprit au sein de la chose et de la laisser faire. C’est extraordinaire » (1)
« la transformation se fait parce que si vous venez avec votre préoccupation, vous êtes centré là-dessus et toute votre vie est bloquée autour de ça, si vous laissez tomber et que vous repreniez contact avec l’ensemble de votre existence, l’ensemble de vos forces, fatalement, votre difficulté change de contexte et le contexte changeant, s’élargissant, se modifiant, votre difficulté n’est plus du tout du même ordre » (20)
« Laissez vous être mis ou mise dans la position qui convient » (42) « Attentez d’être mis dans la position convenable pour sur votre comportement soit adapté à votre entourage » (4-2)
« Installez-vous dans le fauteuil, il n’y a rien à faire, attendez que le problème soit résolu » (5)
« Pourquoi quelqu’un change ? Parce qu’il se laisse faire par l’environnement. Il se laisse faire par sa situation actuelle, par tout ce qui influe sur sa vie aujourd’hui. C’est cela le motif du changement spectaculaire. A un moment, il faut savoir tout laisser tomber pour se modifier. Je laisse faire mon corps en situation. Je suis là, posé, et j’attends que le problème soit résolu ! » (2)
Ëinothérapie :
Dans beaucoup de ses interviews, Roustang précise : « Il y a beaucoup d’échecs ». Cela ne m’étonnait pas. En effet, la pratique de Roustang était massive et cela provoquait chez beaucoup de personnes un blocage empêchant tout travail, ils n’étaient pas prêts.
Avec l’accord de Roustang, j’ai développé une approche progressive, afin de permettre aux gens d’aller de là où ils sont, jusqu’au moment où ils sont prêts à ce que ça bouge vraiment. Ainsi est née l’Eïnothérapie.
1 ) Les forces de guérison Anne Devillard Editeur : Le Grand Livre Du Mois 2013
2) Entretien avec françois roustang. Hypnose, vide et sensorialité. Stéphane Breton, la découverte,n°54, 2019/2
3) A toi, kodo sawaki, éditions de l’originel
4 ) Etre psy 4-1 et 4-2, dvd de Daniel Friedmann , Editions Montparnasse
5 )Itinéraire d’un thérapeute, dvd les films du bouloi et sub-til, par martin Legros
6) « sur l’épistémologie de la psychanalyse » Paru dans « le moi et l’autre » en 1985 chez Denoël.
7 )influence, roustang, éditions de minuit
8) Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc , herrigel, éditions dervy
9 ) jamais contre, d’abord, éditions odile Jacob
10) la fin de la plainte, éditions odile jacob
11) Savoir attendre, éditions odile jacob
12) Les œuvres de maître Tchouang, trad de jean Levi, éditions de l’encyclopédie des nuisances, 2010
13 ) L’esprit du Zen, Alan W.Watts, Sagesse, editions Points
14 ) Le secret de Socrate pour changer la vie, editions Odile Jacob
15) Gusty L.Herrigel, « La voie des fleurs, le zen dans l’art japonais des compositions florales »(éditions Dervy1996
16) « Question de » n°3, albun Michel)
17) François Rousatng, dvd il se fait tard 2013
(18)La lumière du satori d’Evelyn de Smedt
(19) L’anneau de la voie deshimaru
20) Racines du ciel Connaissance de soi et désintérêt de soi avec François Roustang
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